Hier j’ai revu Yvette. Cela faisait 5 ans que je ne l’avais plus vue. Elle est toujours « décoratrice paysagère » dans le Sud-Ouest et…son activité stagne toujours ! Elle manque toujours de confiance en elle, ne se trouve toujours pas plus « légitime » et ne sait toujours pas se vendre… Son moral et sa motivation suivent toujours des montagnes russes… Elle ne se sent toujours pas vraiment comprise… Non TOUJOURS pas vraiment… Yvette est une entrepreneure spirituelle !

Photo VB prof

Qui suis-je moi pour faire ça ?

Il y a 5 ans, j’ai rencontré Yvette par hasard dans une formation. Elle avait 46 ans et venait de démissionner, suite à un gros burn out  – et une séparation affective – d’une grande multinationale américaine, installée en plein cœur de Paris. Dégoutée de cette vie, Yvette avait choisi de « repartir à zéro » comme elle disait, et s’était installée dans le Sud-Ouest de la France, pour développer une activité de « décoratrice paysagère ». Comme elle adorait le souligner, elle revenait à ses premières amours (du temps rêvé, où ado, elle jouait dans le jardin de sa grand-mère dans les Landes)…la nature, le jardin, les fleurs, l’océan, les gens…oui les gens, Yvette aimait ça : le contact humain et les échanges vrais et profonds, qu’elle avait perdus (avaient-ils jamais été là d’ailleurs ?) dans sa grande boîte américaine, totalement déshumanisée…

Ca c’était le côté face : l’Yvette passionnée, qui envisageait son activité comme sa réelle vocation, se libérait de tout carcan, prenait son avenir en mains (après un chemin de développement personnel profond et une nette prise de recul sur sa vie !) pour…devenir entrepreneure ! Une entrepreneure spirituelle, en fait !

Mais quid du côté pile ?

Bien que « spirituelle », Yvette devait faire face aux réalités de tout indépendant : construire une offre commerciale percutante, préparer « un argumentaire » pour accrocher des clients (oui des CLIENTS…ses clients ! oufff !) oser être visible, parler d’elle et de ce qu’elle faisait, assumer « sa valeur », mettre son nom et son titre sur une carte de visite et…la distribuer à des inconnus, savoir mettre des limites et ne pas dire oui à tout, poser un prix juste qui reflète la valeur de son travail, se promouvoir sur internet (oui sur internet…là où le monde entier pourrait la voir, l’observer, la critiquer, pire la juger), etc.

Car non, bien que « spirituelle », Yvette ne vivait pas uniquement « d’amour et d’eau fraîche »… (qui le vit réellement d’ailleurs ?).

Et, justement parce qu’elle était une entrepreneure spirituelle, certaines de ces réalités économiques étaient encore plus compliquées à assumer pour elle :

  • plus intuitive que « l’entrepreneur moyen », elle avait du mal à structurer et formaliser les choses ;
  • plus libre dans sa tête, elle avait la croyance dure, que tout ce qu’elle figeait (offre, prix, supports de com., etc.) allait l’enfermer ;
  • plus sensible, elle vivait à fond « le syndrome de l’imposteur » : qui suis-je moi pour faire ça, alors que des tas d’entreprises de parcs et jardins sont déjà présentes sur le marché ?
  • plus perfectionniste, elle se posait mille et une questions sur que faire, comment faire, où le faire, avec qui le faire ? et repoussait sans cesse son passage à l’action (et si demain, j’avais encore une meilleure idée ?) ;
  • plus créative, elle débordait d’idées, se sentait souvent noyée et par conséquent… procrastinait constamment ;
  • plus introvertie, elle était effrayée à l’idée d’apparaître au monde et d’afficher son savoir-faire et ses talents ;
  • plus altruiste, elle avait très difficile à fixer un « cadre-clients » et des prix justes ;
  • plus consciente des choses et…d’elle-même, elle vivait totalement à son rythme et rejetait toute idée de planification annuelle et de calendrier de prospection (ouhh qu’elle détestait ce mot !)
  • plus missionnaire que « businesswoman », elle haïssait parler et « jouer » avec l’argent ;
  • etc.

En une heure de discussion lors d’un repas partagé pendant la formation, j’avais cerné Yvette ! Son profil type (et oui, je l’avoue…vraiment caricatural de l’entrepreneur spirituel). Son côté face et son côté pile…

Je le connaissais, car j’avais déjà souvent rencontré le même genre de personnes. Avec les mêmes forces et donc…les mêmes faiblesses (à des degrés divers bien entendu…).

Je l’aimais son profil, car à la base…j’étais comme elle (à des degrés différents bien entendu) !

5 ans plus tard, j’ai attiré à moi, énormément de ce type d’entrepreneurs. Loi de la résonance, sans aucun doute…rires

Les besoins des entrepreneurs spirituels ?

Et donc, hier, reparler avec Yvette, m’a fait plaisir (pour l’anecdote, elle m’a touché, en me disant avec un grand sourire et…une pointe d’émotion : « Vincent, en t’écoutant parler de ton boulot, j’ai l’impression que tu racontes ma vie !). Non, Yvette, avec tout le respect que je te dois, je ne parle pas de TA vie, mais de celle de mes clients…

Mais échanger avec elle, m’a aussi confirmé que le point de départ de la réussite d’un entrepreneur était de « bien se connaître » pour :

  • d’une part, construire son entreprise sur ses ATOUTS propres ;
  • d’autre part, trouver des clés pour compenser, affiner, réduire ses FAIBLESSES.

Et mon expérience me fait dire, que ce principe est encore plus vrai dans le cas des entrepreneurs spirituels. Car comme Yvette, ils sont souvent « plus que, plus que, plus que… ». Ils manient l’art du grand écart, recherchent « l’absolu », jouent tout à fond… Ils sont « différents » quoi ! Pas vrai?

Et pour moi, qui dit «profil différent », dit « besoins différents », donc…solution différente !