Pourquoi le regard des autres peut-il nous empêcher de faire du sport ?
Lorsque nous arrivons dans un environnement que nous ne connaissons pas, nous avons naturellement tendance à observer les autres et à nous comparer. Dans le sport, cette comparaison peut être particulièrement forte parce que notre corps est directement exposé.
On nous voit bouger, courir, transpirer, nous essouffler, perdre l’équilibre, rater une balle ou ne pas comprendre immédiatement un exercice.

Si vous manquez déjà de confiance en vous, toutes ces situations peuvent devenir intimidantes. Vous ne voyez plus simplement des personnes qui pratiquent une activité. Vous avez l’impression qu’elles vont également vous observer et évaluer votre corps, vos gestes ou votre niveau.
Vous pouvez alors commencer à imaginer ce qu’elles pensent : « Elle est vraiment débutante », « Elle n’est pas sportive », « Elle ne sait pas jouer », « Elle n’est pas à sa place ici ». Le problème est que vous réagissez alors davantage à ce que vous imaginez dans la tête des autres qu’à ce qui se passe réellement autour de vous.
La peur d’être ridicule lorsqu’on débute un sport
C’est probablement l’une des situations que je rencontre le plus souvent dans mes cours. Certaines personnes arrivent presque en s’excusant de leur niveau avant même d’avoir pris une raquette. Elles me préviennent qu’elles n’ont jamais été sportives, qu’elles n’ont aucune coordination, qu’elles vont probablement rater toutes les balles ou qu’elles risquent de ralentir les autres.
Pourtant, elles sont là précisément pour apprendre.
Lorsque vous commencez le padel, il est normal de ne pas savoir immédiatement où vous placer, comment tenir votre raquette ou comment jouer avec les vitres. Lorsque vous découvrez le pickleball, personne ne peut raisonnablement attendre de vous que vous maîtrisiez immédiatement les règles, le dink ou les déplacements. Être débutant signifie précisément ne pas encore savoir faire.
Le problème apparaît lorsque vous transformez une situation parfaitement normale d’apprentissage en jugement sur vous-même : « Je rate cette balle, donc je suis ridicule. » Or rater une balle signifie simplement que vous êtes en train d’apprendre à la jouer.
Quand on a peur que les autres regardent notre corps
Le regard des autres dans le sport ne concerne pas uniquement nos capacités. Il peut également toucher directement notre apparence physique.
Cette difficulté peut être particulièrement forte chez certaines femmes. Mettre un legging, un short ou un maillot de bain peut devenir une véritable épreuve lorsqu’on n’aime pas certaines parties de son corps.
On peut alors avoir l’impression que les autres vont remarquer exactement ce que nous cherchons nous-même à cacher : quelques kilos supplémentaires, de la cellulite, un ventre que l’on trouve trop rond, des jambes que l’on n’aime pas ou simplement un corps qui a changé avec l’âge.

Cela peut conduire à une situation paradoxale : vous aimeriez pratiquer une activité pour vous sentir mieux dans votre corps, mais le manque de confiance que vous ressentez vis-à-vis de celui-ci vous empêche justement de commencer.
J’ai consacré un article spécifique à cette question : comment avoir confiance en soi physiquement. J’y explique notamment comment le mouvement peut progressivement nous aider à moins considérer notre corps uniquement à travers son apparence et davantage à découvrir ce qu’il est capable de faire et de ressentir.
La salle de fitness peut être particulièrement intimidante
Entrer pour la première fois dans une salle de fitness constitue un bon exemple de cette peur du regard des autres.
Vous découvrez des machines dont vous ne connaissez pas nécessairement le fonctionnement. Certaines personnes semblent parfaitement savoir ce qu’elles font. D’autres ont peut-être une condition physique ou une musculature que vous n’avez pas. Vous pouvez rapidement avoir l’impression d’être la seule personne qui ne maîtrise rien.

Et si vous êtes déjà complexée physiquement, la tenue de sport peut encore renforcer cette sensation d’exposition. Vous ne pouvez plus vous cacher derrière les vêtements que vous portez habituellement et vous pouvez avoir l’impression que tout le monde regarde votre silhouette.
Pour certaines personnes, cette appréhension suffit à repousser pendant des mois leur inscription dans une salle. Pourtant, personne n’arrive dans une salle de fitness en sachant spontanément utiliser toutes les machines. Comme dans n’importe quelle activité, il existe un début.
Les vestiaires et les douches : une autre peur dont on parle peu
La gêne ne disparaît pas nécessairement lorsque l’activité sportive se termine. Pour certaines personnes, le vestiaire représente même une difficulté plus importante que le sport lui-même.
Se changer devant d’autres personnes, se retrouver en sous-vêtements ou prendre une douche dans un espace collectif suppose d’exposer davantage son corps. Lorsqu’on entretient une relation compliquée avec son apparence ou que l’on est très pudique, cette situation peut devenir extrêmement inconfortable.
Certaines personnes développent alors toute une stratégie pour l’éviter : arriver déjà habillées en tenue de sport, repartir sans prendre de douche, attendre que le vestiaire soit vide ou même renoncer à certaines activités.
Il n’y a évidemment aucune obligation à se déshabiller devant les autres pour prouver que l’on a confiance en soi. Chacun possède son degré de pudeur et ses propres limites.
Mais si cette peur vous empêche de pratiquer une activité dont vous avez réellement envie, elle mérite peut-être d’être interrogée. Non pour vous forcer à prendre une douche collective demain, mais pour éviter que le regard supposé des autres décide systématiquement à votre place.
Le sport permet justement d’apprivoiser progressivement le regard des autres
C’est là que le sport devient intéressant.
Au début, vous pouvez avoir l’impression que tout le monde vous regarde. Puis vous commencez à jouer. Une balle arrive.
Vous essayez de la renvoyer. Vous la ratez. Vous recommencez.
Puis vous réussissez un échange. Ensuite un deuxième. Vous commencez à comprendre le jeu, à communiquer avec votre partenaire et peut-être même à rire de certaines erreurs.
Votre attention se déplace progressivement. Vous êtes moins occupé(e) à vous demander ce que les autres pensent de vous parce que vous êtes davantage absorbé(e) par ce que vous êtes en train de vivre.
C’est une manière très concrète pour une femme notamment de travailler sa confiance en soi. Vous ne cherchez pas à vous convaincre mentalement que le regard des autres n’a aucune importance. Vous faites progressivement l’expérience que vous pouvez agir, apprendre, rater et recommencer devant d’autres personnes sans que rien de dramatique ne se produise.
